Le concept « Une seule santé »

Ce mois-ci, nous avons décidé de vous parler d’un concept ardu, mais très important, et rendu encore plus visible par la pandémie de Covid-19, le concept « One Health » ou « Une seule santé ».
Ce concept constitue le cœur de notre métier : prendre soin de l’animal pour prendre soin de l’Homme et de la planète… Vaste programme !  Quelle réalité est attachée à ce concept énigmatique ? Vous allez voir qu’il n’est que la traduction d’un principe évident, et connu de tous : la santé animale, la santé humaine et la santé environnementale sont indéniablement liées et toute action sur l’une entraine une conséquence sur les 2 autres.

1. Qu’est ce que le concept One Health ?

C’est avant tout une vision globale et nécessaire des problématiques sanitaires touchant les humains, les animaux et l’environnement, qui vise à promouvoir une approche pluridisciplinaire et globale.

Le concept « One Health » (ou « une seule santé » en français) est mis en avant depuis les années 2000, avec la prise de conscience des liens étroits existants entre la santé humaine, celle des animaux et l’écologie globale.

Vous ne le savez peut-être pas, mais le nombre d’épidémies mondiales a augmenté depuis un siècle de façon très significative ! 75 % des agents pathogènes humains émergents sont d’origine animale, et 5 nouvelles maladies apparaissent chaque année, dont 3 sont d’origine animale. Certaines pandémies, comme la Covid-19, la grippe aviaire ou encore le Sida, proviennent des animaux.

Ce constat s’explique notamment par l’accroissement de la population mondiale qui entraine une extension des populations sur des zones agricoles, forestières ou sauvages. La déforestation a ainsi mis en contact les animaux sauvages et ceux d’élevage, facilitant le passage de nouvelles maladies à l’homme.

Ces épidémies prennent aussi leurs sources dans l’intensification des transports, la dégradation de l’environnement et le développement des villes. 

Dans ce contexte, le concept ‘Une seule santé‘ traduit en quelques mots une notion connue depuis plus d’un siècle : la santé humaine et la santé animale sont interdépendantes et liées à la santé des écosystèmes dans lesquels elles coexistent. C’est l’interconnexion du vivant.

2. En pratique, le concept « One Health » à la clinique 

Cette description vous a peut-être paru un peu floue… mais pourtant, nous vous y sensibilisons à chaque fois que vous venez à la clinique, car le concept « une seule santé » est à la base de la prise en charge de vos poilus, pour leur santé, comme pour la vôtre !

Les zoonoses, maladies transmises de l’animal à l’Homme

Une zoonose est une maladie se transmettant de l’animal à l’Homme ou inversement. Une des plus connues est probablement la rage. 

Cette maladie est toujours, à l’heure actuelle, incurable chez l’animal comme chez l’Homme. Elle touche tous les animaux à sang chaud (bovins, équins, carnivores domestiques ou sauvages…) et ce sont principalement les chiens qui sont à l’origine des cas mortels de rage humaine. Ils représentent jusqu’à 99 % des cas de transmission à l’homme.

Combattre le virus en le contrôlant au niveau de la source animale est la solution la plus efficace et la plus économique pour protéger l’homme.

C’est pourquoi nous vous conseillons de faire vacciner contre la rage vos compagnons pour vous protéger, même lorsque votre animal n’est pas dans une situation où cette vaccination est obligatoire. 

Vous voulez en savoir plus : n’hésitez pas à consulter la page dédiée à la rage de l’OMS !

Des vecteurs et parasites communs à l’Homme et l’animal

Certaines « petites bêtes » (moustiques et tiques) peuvent transmettre des agents pathogènes de l’animal à l’Homme et inversement lorsqu’ils se nourrissent de sang. Par exemple, la borréliose de Lyme est transmise à l’homme ou à l’animal lors de la morsure d’une tique, et engendre parfois des douleurs et handicaps très difficiles à traiter chez l’Homme.

De plus, le changement climatique permet l’adaptation de ces animaux vecteurs de maladies à de nouvelles zones géographiques, ce qui augmente la propagation des pathogènes. Ainsi, le moustique phlébotome, à l’origine de la leishmaniose, n’était recensé jusqu’à récemment que sur le pourtour méditerranéen. On trouve désormais des foyers dans des régions beaucoup plus septentrionales, comme les Pays de la Loire !

C’est une des raisons qui fait du rendez-vous annuel de santé de votre poilu, un moment important pour que nous vous communiquions ces informations, et que nous étudiions ensemble, en fonction du mode de vie de votre animal et du vôtre (déplacements professionnels, vacances etc.) la meilleure protection à donner à votre compagnon.

Pour aller un peu plus loin : Protéger son animal en vacances en France

L’antibiorésistance, un problème commun à l’Homme et l’animal

Vous avez forcément retenu ce slogan, « Les antibiotiques, c’est pas automatique ! »

Les antibiotiques sont des molécules précieuses, et leur usage doit être raisonné. En effet, certaines bactéries sont porteuses de gènes de résistance, qui leur permettent de résister aux antibiotiques. Elles peuvent se transmettre des animaux aux humains et inversement, et sont également retrouvées dans l’environnement. La lutte contre l’antibiorésistance nécessite donc une approche globale, incluant l’Homme, les autres animaux et l’environnement.

Certains antibiotiques sont même considérés d’importance critique pour la santé humaine, car ils sont les seuls à pouvoir soigner des maladies graves chez l’Homme. Leur utilisation est donc réglementée en médecine vétérinaire et ne doit être faite qu’en dernier recours.

C’est pourquoi nous ne pouvons faire aucune délivrance à l’accueil d’un quelconque produit contenant un antibiotique. Même si vous avez l’impression que votre animal souffre de la même pathologie que lors de sa dernière consultation, il faut absolument qu’il soit examiné par une des vétérinaires de l’équipe afin de choisir le traitement adapté et, si nécessaire, l’antibiotique efficace.

De même, il est déconseillé que vous fassiez de l’auto médicalisation. 

Depuis quelques années, tous les vétérinaires ont été fortement sensibilisés à cette problématique, et ont modifié leurs habitudes de prescription pour mieux utiliser les antibiotiques: entre 2011 et 2020, l’exposition globale des animaux aux antibiotiques a diminué de 45,4 %, notamment grâce au plan EcoAntibio !

Pour en savoir plus sur le plan EcoAntibio : https://agriculture.gouv.fr/ecoantibio

3. Et en médecine rurale, quel est le rôle du vétérinaire ?

On pourrait résumer la présence du vétérinaire « de la fourche à la fourchette ».

En effet, les vétérinaires ont la responsabilité de la surveillance et de la traçabilité de toute la chaîne alimentaire, des élevages jusqu’aux supermarchés ou aux restaurants. Ainsi, la détection précoce des maladies à leur source animale peut empêcher leur transmission aux humains, et limiter les pertes de production dues aux maladies.

En conclusion, les vétérinaires sont des acteurs clés du concept ‘Une seule santé’.

Nous savons tous que l’équilibre planétaire est fragile et la crise sanitaire du covid‑19 a mis en évidence les limites d’une approche conventionnelle et cloisonnée de la santé. Séparer la médecine humaine et la médecine animale n’est plus envisageable. L’enjeu est important, l’avenir et la santé de tous les êtres vivants de notre planète est lié.

Et pour un résumé de cet article en vidéo, c’est par ici :

Cet article a été publié le 6 avril 2022

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